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Publié par Société Française d'Ethnoscénologie (SOFETH)

Interpréter le mélodrame : le jeu de l’acteur avant la réforme naturaliste

Université de Lorraine – UFR Arts, Lettres et Langues
Île du Saulcy / Metz
20 mai 2016

Dans l’un de ses cours du Conservatoire, Louis Jouvet l’affirmait clairement :
Il y a eu toute une époque du mélodrame avec des acteurs que vous devriez connaître ; […] toute une tradition d’acteurs qui a maintenant disparu. Tout cela est mort à cause du Théâtre-Libre, qui exigeait du théâtre une “vérité” auprès de laquelle le mélodrame paraissait invraisemblable. Le mélodrame a pu exister parce qu’il y avait des comédiens extraordinaires. (Tragédie classique et Théâtre du XIXe siècle. Extrait des cours de Louis Jouvet au Conservatoire, Gallimard, 1968).
Si les recherches menées depuis une trentaine d’années ont favorisé une meilleure compréhension de l’articulation texte/musique/scénographie au sein du spectacle mélodramatique, le jeu de l’acteur reste un élément encore fortement méconnu, dont l’analyse permettrait assurément de compléter notre schéma d’interprétation du genre. La carence des sources explique le manque d’analyses fines sur le sujet ; pour circonscrire les techniques du jeu de l’acteur mélodramatique, le chercheur dispose de quelques iconographies, et des témoignages des critiques dramatiques davantage prompts à commenter le plaisir et l’effroi éprouvés devant l’interprétation du comédien qu’à préciser les codes sur lesquels il fondait son jeu. L’on sait pourtant que l’acteur constitue le rouage essentiel de la rhétorique mélodramatique. Pixerécourt, auteur et metteur en scène exigeant, réservait une place centrale à la direction d’acteur ; nombre de comédiens formés par lui finirent leur carrière dans les théâtres de province en tant que « metteur en scène du mélodrame », devenant par ce biais les passeurs d’une technique de jeu sans laquelle le mélodrame n’aurait su prétendre remplir sa fonction cathartique. Il est donc tout à fait probable qu’avec le mélodrame, genre né sous la Révolution et fondé sur un alliage savamment orchestré entre le mot, le geste, l’image et le son, s’est développée une grammaire du jeu codé, qui a largement débordé, au fil du XIXe siècle, le strict cadre générique et géographique au sein duquel elle avait pris naissance. « Je peux dire que j’ai appris tout ce que je sais à l’école du mélodrame » écrivait encore Charles Dullin en 1946. Se remémorant son apprentissage sur les scènes des petits théâtres de la périphérie parisienne, il confessait : « il y avait [là] des relents de théâtre élisabéthain et les secrets d’une vraie tradition d’acteurs » (Souvenirs et notes de travail d’un acteur, Paris, Odette Lieutier, 1946). C’est donc ce jeu codé, souvent décrié après que le naturalisme eut imposé d’autres méthodes d’interprétation, que nous souhaitons ici interroger. Une fois circonscrite, la grammaire de l’acteur mélodramatique (c’est-à-dire l’ensemble des principes et des règles qui président à l’exercice de son art) permettra assurément de porter un éclairage nouveau sur la fabrique et la réception des oeuvres théâtrales au XIXe siècle, et de mesurer un peu plus finement ce que les réformateurs du théâtre ont eu coutume d’appeler par la suite : l’esthétique de « l’acteur romantique ».

Pour se rendre au Campus Saulcy, depuis la gare de Metz :
Ligne B du Mettis (arrêt devant la gare), direction : Saulcy cité U / Arrêt : Saulcy (avant-dernier arrêt de la ligne B).

Contact : Roxane Martin 06 58 15 30 89 / roxane.martin@univ-lorraine.fr

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