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Publié par Société Française d'Ethnoscénologie (SOFETH)

Quand la religion prend corps. Corps et croyance : approches empiriques et méthodologiques.

15 mars 2019, 14h-18h

ENS 

48 bd. Jourdan, 75014 Paris

Salle R2-02

 

La place ambivalente du corps dans l’expérience religieuse est un thème classique en sciences sociales des religions. Cette journée d’études vise à réinterroger cet objet connu, mais en déplaçant la focale vers une analyse du religieux hors des seules religions institutionnelles, dans une perspective qui est aussi méthodologique : on peut ainsi penser à des formes contemporaines de «  sacralisation » du corps ou à différents types de travail « d’ascétisation » du corps au nom d’un idéal, « séculier » ou « spirituel ».

Dans un premier temps, il s’agirait de s’interroger sur les liens, même ténus, entretenus avec les religions historiques par le biais de concepts tels que « religieux sécularisé », « sacralité laïque » ou encore « morale laïque ». Ces concepts, nés dans les années 70, dans un contexte de remise en question du paradigme de la sécularisation selon lequel les religions seraient vouées à disparaître, postulaient l’existence, à côté des formes traditionnelles ou renouvelées, de « religions de substitution ». Ainsi, cette question participe de l’idée selon laquelle il y a mutation et non disparition du religieux : les religions institutionnelles n’ont plus le monopole du religieux, d’autres activités peuvent faire l’objet d’investissements de genre religieux et ainsi légitimer une analyse en termes de sociologie des religions ou d’anthropologie religieuse. C’est dans cette perspective que de nombreux chercheurs se sont aventurés à enquêter sur des terrains éloignés de la sphère proprement religieuse, mais en maintenant le cadre théorique de l’analyse du religieux. Dans les années 80, on étudie des objets de recherche tels que les idoles de la musique, les meetings politiques (Rivière, 1988) ou encore le sport (Bromberger 1995 ; Augé, 1982). Ces terrains deviennent des observatoires privilégiés des « transferts de sacralité » ou des résurgences de la religiosité.  Quelle est la portée de ces investigations aujourd’hui en sciences sociales ? Dans un second temps, il s’agirait de questionner l’usage de concepts issus de la sociologie des religions hors de son champ : vocation, conversion, ascèse… Les travaux des sociologues du sport portant sur les fabriques des sportifs de haut niveau – telles que les centres de formation destinés aux apprentis footballeurs (Bertrand, 2012), aux coureurs (Schotté, 2012) et aux cyclistes (Lefèvre, 2010), ou encore les écoles de danseurs (Laillier, 2017) – s’inscrivent dans cette perspective.

Si ces outils se montrent pertinents pour saisir les spécificités de l’objet étudié, l’usage débridé de l’analogie religieuse (de manière plus ou moins explicite) peut aussi prêter à confusion. Cette journée sera ainsi l’occasion de revenir sur un débat récurrent, celui de la légitimité de l’élaboration d’une définition extensive du religieux par les sciences sociales.

 

Références bibliographiques

  • Augé M., (1982). « Football. De l’histoire sociale à l’anthropologie religieuse », Le Débat, n°19, pp. 59-67. 
  • Bertrand J., (2012), La fabrique des footballeurs, Paris, La Dispute.
  • Bromberger C., (1995). Le match de football. Ethnologie d’une passion partisane à Marseille, Naples et Turin, Paris : Éditions de la MSH.
  • Laillier J., (2017). Entrer dans la danse. L’envers du Ballet de l’Opéra de Paris, Paris, CNRS Editions.
  • Lefèvre N., (2010). « Construction sociale du don et de la vocation de cycliste », Sociétés contemporaines, n°80, p. 47-72.
  • Piette A.et Rivière C. (dir.), (1990). Nouvelles idoles, nouveaux cultes, dérives de la sacralité, Paris, L’Harmattan.
  • Rivière C., (1988). Les liturgies politiques, Paris, PUF.
  • Schotté M., (2012). La construction du « talent ». Sociologie de la domination des coureurs marocains, Paris, Raisons d’agir.
 
 

PROGRAMME

 

14h-15h. Sébastien Dalgalarrondo et Tristan Fournier (CNRS – Iris, Paris), Un transhumanisme « à mains nues » : sociologie de la promesse du jeûne.

15h-16h. Joël Laillier (CMH – Paris), La vocation, l’ascèse et la mortification. Sur les usages et les apports de notions religieuses pour l’étude sociologique du métier de danseur.
 

(Pause)

16h15-17h. Sylvaine Derycke (CRBC – Brest), Ascèse sportive et mode de vie communautaire à l’Institut National du Sport, de l’Expertise et de la Performance (INSEP) : réflexions autour de l’usage de l’analogie religieuse
 
17h-18h. Discussion générale
 

Discutant : Charles Suaud (CENS – Université de Nantes)


 

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