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Publié par Société Française d'Ethnoscénologie (SOFETH)

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Des armes contre des charrues

Mozambique, 1992. La signature des accords de Rome entre le Frelimo (Front de libération du Mozambique) et la Renamo (Résistance nationale du Mozambique) met fin à une guerre civile qui, entretenue par les régimes d'apartheid voisins de Rhodésie et d'Afrique du Sud, aura fait en seize ans près de 900 000 victimes et cinq millions de déplacés. Le conflit a éclaté moins de deux ans après l'indépendance (1975), conquise par une guerre de dix années contre le Portugal, ancienne puissance coloniale (1964-1974).


Après trois décennies de conflits, on estime à près de dix millions le nombre d’armes cachées à travers le pays. À l’initiative de l’évêque Dom Dinis Sengulane qui a joué un rôle déterminant dans les accords de paix, le Conseil chrétien du Mozambique, une association caritative internationale, initie en 1995 le projet Transformação de Armas em Enxadas (TAE) : « Transformer des armes en charrues ». Celui-ci propose aux Mozambicains de remettre leurs armes en toute tranquillité – aucune question n’est posée – en échange desquelles ils reçoivent des outils agricoles, matériaux de construction, fournitures scolaires, machines à coudre, bicyclettes.... L’objectif est de construire une culture de paix et de prospérité dans un pays déstructuré et traumatisé par les guerres.


Le programme a permis à l’organisation de récupérer deux millions d'armes : pistolets, mitraillettes, lance-roquettes, bazookas, AK47, Mausers, mines, grenades... La plupart ont été détruites immédiatement. D’autres ont été désactivées et confiées à une quinzaine d’artistes du Núcleo de Arte, une association créée en 1921 pour la promotion des arts plastiques au Mozambique et basée dans la capitale Maputo. Ceux-ci les ont transformées en sculptures mais aussi en meubles et objets du quotidien.


Au-delà de la démarche artistique, le projet avait une fonction cathartique pour les artistes, confrontés à leur propre mémoire de la guerre, mais aussi pour tous les Mozambicains. Il exhortait les survivants à une réconciliation qui commençait par le désarmement du pays. Si certains avaient indiqué spontanément et sans aucune contrepartie des caches d’armes pour permettre leur destruction, une partie de la population peinait à s'en défaire – un geste alors perçu comme une mise en danger.

Transformer des armes en œuvres d’art

Gonçalo Mabunda est né en 1975 à Maputo, où il vit et travaille toujours aujourd'hui. En 1992, il devient assistant au Núcleo de arte et rencontre le sculpteur sud-africain Andries Botha, qui l'initie au travail du métal. Il poursuit sa formation en Afrique du Sud avant d'intégrer le projet TAE. Mabunda s'est notamment fait connaître grâce à ses trônes d'armes, réinterprétation d'un topique « ethnique » dénonçant les usages violents du pouvoir par certains gouvernements. Sa Tour Eiffel a été présentée dans l'exposition Africa Remix, l'art contemporain d'un continent, qui a circulé dans les plus grands musées du monde entre 2004 et 2007.

Fiel Dos Santos est né en 1972 à Maputo, dans une famille originaire de la province de Sofala. Dessinateur autodidacte – il a une formation d'électricien et de soudeur – Fiel expérimente à partir de 1992 la céramique, la peinture à l'huile, la sculpture sur bois, puis il se forme au travail de la pierre au Zimbabwe et du métal en Afrique du Sud. Avec les artistes Hilário Nhatugueja, Adelino Serafim Maté et Kester, il créé en 2004 le Tree of Life (« Arbre de vie ») pour le British Museum, à partir d'une demi-tonne d'anciennes armes.

Cristóvão Canhavato, connu sous le nom de Kester, est né en à Zandamela dans la province d'Inhambane. Il s'installe à Maputo pour se former à la conception mécanique et rejoint le Núcleo de arte en1997. L'un de ses trônes d'armes est exposé au British Museum depuis 2001.

Humberto Delgado Pateguana est né en 1974. Membre du workshop réalisé en 1997 au Núcleo de Arte, il participe à plusieurs expositions collectives avant d'interrompre sa carrière artistique.

 

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L'exposition Arms into art a été présentée à Londres (Oxo Gallery) et au Canada (Toronto, Ottawa, Montréal, Vancouver) mais aussi dans plusieurs pays d'Afrique (Mozambique, Afrique du Sud, Namibie, Kenya, Tanzanie, Île Maurice, Ethiopie, Burundi, Ouganda).

Mabunda, Fiel, Kester et Pateguana ont montré pour la première fois leurs sculptures à Paris lors du festival de l’Imaginaire organisé par la Maison des Cultures du Monde en 2003. Les œuvres étaient mises en vente afin de financer le programme TAE. Les artistes sont désormais exposés dans le monde entier : Japon, Australie, États-Unis, Royaume-Uni, Pays-Bas, Portugal, Italie...


Conception : Séverine Cachat 
Scénographie, graphisme : Céline Bellanger
Assistée de Christèle Robic et Sarah Payen pour la réalisation
Remerciements : François Belorgey, Anne Gelli, Margaux Huille (www.lesbellespersonnes.com)

 

Télécharger le dossier de presse

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