Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Pages

Archives

L'animal sur la scène contemporaine

 

Appel à contribution

 

Date limite : 21 décembre 2009

 

Colloque international 10-11 avril 2010

 

Organisateurs : Katia Légeret, EA 1573 « Scènes et savoirs » (Axes Poétique/Esthétique et Histoire),  Département Théâtre de l'université Paris 8 ; Isabelle Mangou et la revue L'unebévue.

 

Lieu du colloque : Le Dansoir-Karine Saporta, Parvis de la Bibliothèque nationale de France, Paris.

 

            Depuis les années quatre-vingt, l'animal est de plus en plus mis en avant sur scène et les raisons en sont aussi complexes que l'est la diversité de la production artistique contemporaine. Ses rôles les plus courants pourraient se résumer ainsi : être objet, acteur ou média. Dans le premier cas,  l’animal est instrumentalisé par une attitude anthropocentriste. Elle cherche dans l'animal une forme de divertissement ou bien elle offre le miroir plus ou moins satirique d'un groupe humain, allant jusqu'à jouer avec les limites de sa dignité voir de sa bestialité. Le second cas, l’animal en tant qu’acteur, le met réellement  sur scène, vivant ou mort – empaillé ou conservé dans du formol.  Il impliquera un dispositif critique sur son statut éthique, sur le rôle décisif de son environnement vital ou sur les conséquences des avancées biotechnologiques. La troisième fonction utilisera l’animal comme un média à des fins anthropomorphiques. Elle expérimente les possibilités de métamorphose de l'être humain, en ayant recours notamment aux arts numériques et à la transmédialité.

 

            Mais il existe une quatrième possibilité, celle de penser l’animal comme une figure radicalement autre, non humaine ou inhumaine, devenue incompréhensible pour l’homme. Il s’agit là d’une  posture où l'interrogation existentielle met en vis à vis l'homme et l'autre vivant, non pour définir l'un et l'autre mais pour penser la mouvance de leurs frontières, faisant signe vers la menace bien actuelle d'une perte du lien entre l'homme et les autres espèces vivantes.              

           

            Voilà pourquoi notre thème du colloque prend la forme d'une question. Comment l'art  interroge t-il actuellement ce lien, loin des idées de ressemblance, de mime, de miroir ou de singerie,  mais en termes de figures ambivalentes et rythmiques : déconstruction/reconstruction, disparition/apparition, dissolution/émergence des corps, trame narrative/anhistorique. Autrement dit, l'articulation entre une approche artistique et théorique mettra en évidence les difficultés de penser le sensible, l'affect et le pathétique lorsqu'il n'est plus en représentation comme un animal devant lequel on pourrait, en tant que spectateur, éprouver de la compassion, de l'effroi, du dégoût ou de la dérision. Au contraire, lorsqu'il nous touche radicalement et intimement, l'animal révèle t-il l'impossibilité d'une parole ? Le choix du silence ? Ou bien encore le risque ou la menace de devenir différent, sans plus savoir pourquoi ni comment ?

 

            Comment l'artiste fabrique t-il alors de nouvelles formes de résistances organiques avec ces frontières, par exemple entre le geste et la parole ? Comment formuler, dénoncer, détourner ou casser les normes des gestes habituels, conventionnels, inconscients, mécaniques ou instinctifs ? Quelles mises en scène de l'animal dénoncent des espaces qui enferment ou qui oppriment ? Pourquoi,  lorsqu'il est question de la survie de certaines espèces et de la résistance à la domination de formes instituées, « faire la bête » devient-il nécessaire ? Puisque l’animal vit au présent, quel temps l'art propose t-il alors ? Le présent de l'animal en tant qu'oubli est-il régénérant ou anesthésie-t-il momentanément le risque de disparaître ? Comment, avec l’animal,  l'artiste contemporain traite t-il le rite, le mythe, l'origine ?


            Nous encourageons les propositions de communications qui articuleront sur ce thème la recherche et la création, la pratique corporelle et sa théorisation ou encore tout praticien qui pense sa propre pratique. Elles pourront inclure par conséquent et pour certains une partie de démonstration et l'analyse d'une phase précise dans ce processus de création, où l'animalité vient questionner un ensemble de frontières : celles des cultures minoritaires, des politiques culturelles ou post-coloniales, des esthétiques, des catégories artistiques, anthropologiques, philosophiques, psychanalytiques .

 

             Comment se fabriquent dans un corps ces passages et ces territoires entre l'humain et l'animal ? Ont-ils une valeur critique, libératrice ? La mise en scène de l'animal et de son langage non-verbal permet-elle de résoudre des problèmes de langue, d'interdits de parole, de traduction ou de transposition – par exemple d'une tradition sur une scène étrangère ? En quoi le processus de création centré sur l'animal déconstruit-il le corps représentatif, mimétique, ou virtuel, au point d'affirmer que le corps humain en tant que tel n'existe pas ? Est-il  une transition, un flux ? S’agit-il d’une dégradation ? Comment s'invente t-il actuellement sur scène ?

 

            La revue de psychanalyse L’Unebévue s’est investie depuis plusieurs années dans l’organisation de colloques autour des performances, du cinéma, et s’implique notamment dans la traduction de certains écrits de Donna J. Haraway. Cette universitaire américaine diffracte les frontières en proposant un nœud fictionnel, factuel, technologique et historique. En rassemblant une réflexion sur les ordinateurs, les organismes humains et non humains, elle produit de nouveaux paradigmes qui repensent la frontière entre les animaux, les humains et les machines. Comment la psychanalyse a t-elle à faire avec l’absence de narrations, avec les créations des pratiques minoritaires et activistes, avec tous ceux de la route, de l’archipel, de l’interactif, du multi, du trans, du post, toutes les lignes de fuite dans le domaine des arts contemporains ? Comment par exemple,  Freud, Lacan et Guattari ont-ils pensé l'animal ?

 

            Si une certaine préférence est déjà donnée à des communications centrées sur les arts de l'Inde, d’autres cultures auront aussi leur place. Depuis quelques années, l’axe « Poétique et esthétique » de l’EA 1573 « Scènes et savoirs » (université Paris 8) s’intéresse aux esthétiques contemporaines émergentes entre poètes, acteurs, performers, danseurs indiens et occidentaux. Comment le fait de jouer et d'incarner l'animal permet-il, pour les artistes, de sortir d'un langage institué, d'un corpus de gestes traditionnels ? Ce jeu peut-il  encore être défini comme un rite ? Pourquoi l’art martial du Kerala intéresse t-il la danse contemporaine alors que l'animal n'est pas reconnaissable en tant que tel, mais permet d'inventer des états de corps d'une fluidité insaisissable ? Comment l'organicité des mouvements témoigne t-elle de contradictions sociales entre castes ? Entre ce qui est défini comme de l'art ou comme du non-art ? Entre statuts professionnels : être acteur ou conteur ? Performer ou danseur contemporain ?  Certains artistes revendiquent un corps devenu hybride ou une danse qui se fabrique par des micromouvements liés aux mondes végétal, animal, voir divin. D'autres questionneront les frontières entre qui mange l'autre ou qui est mangé par lui. D'autres encore détourneront les formes de narration au profit d'un champ sensoriel et kinesthésique, montrant la fragilité des notions de territoires physiques, culturels et identitaires.

 

            Nous faisons appel aux chercheurs de toutes disciplines confondues, s'intéressant aux arts du spectacle vivant et aux arts de l'image. Ce colloque fera l’objet d’une publication sous la forme d’un ouvrage collectif et il participera à la création d’un groupe de recherche.


            Les propositions de communication (500 mots environ, en français, accompagnées d’une brève biographie) devront parvenir au plus tard le 21 décembre 2009 à : katia.legeret@univ-paris8.fr et mangou@noos.fr


Comité scientifique : Katia Légeret (université Paris 8), Nathalie Coutelet (université Paris 8),  Brigitte Le Guen (université Paris 8), Mayette Viltard (directrice de la revue et des éditions L'Unebévue), François Dachet (université Paris 12).

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article