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Publié par SOFETH

Le mot de performance s’est imposé dans le monde de l’art. Les chorégraphies de Jérôme Bel en danse, le « bio-art » de Yann Marussich jusqu’aux transformations physiques d’Orlan en sont autant d’exemples Il est porté sans doute par un contexte : celui de la productivité, de l’innovation, voire de l’informatisation[1]. Il s’est imposé aussi au théâtre, d’autant plus facilement d’ailleurs que la place du « faire » y semble première. Il s’y est même banalisé, régulièrement évoqué, jusqu’à apparaître quelquefois comme étant à l’essence même du jeu[2]. L’intérêt indéniable est ici d’aiguiser l’attention vers la part physique du spectacle, son versant le plus charnel.

       Le mot de « performance » en revanche fait problème. Il peut induire un premier brouillage, malgré son apparente familiarité, entre les frontières du monde du travail et celui de l’art, par exemple. Il peut induire d’autres brouillages encore, beaucoup plus profonds, touchant au sens même du projet théâtral. C’est qu’en soulignant le versant de l’ « acte », en privilégiant l’effectuation matérielle, l’extrême engagement du corps, la performance concurrence le discours, sa logique, son développement. Elle rivalise avec la parole, jusqu’à quelquefois la dominer. Elle peut, plus encore, contrarier ou obscurcir le sens : favoriser l’explosif, le spontané, au détriment du durable ou du construit. L’exclusif investissement sur le geste, autrement dit, ne saurait aller de soi.

        Les éclaircissements apportés par Richard Schechner (1973), Richard Bauman (1977), tout comme les travaux de Victor Turner (1986) nous rappellent cependant que ce terme n’appartient pas exclusivement à la sphère théâtrale.

       Dans cette perspective et avec la collaboration de chercheurs venus d’horizons scientifiques et thématiques différents, avec la présence de performers aussi, nous interrogerons les traits communs ou singuliers de ces pratiques spectaculaires. À l’art théâtral seront également confrontées d’autres pratiques.

      Nous tenterons d’effectuer un bilan, démarche demeurée jusqu’ici toujours précaire ou limitée. Nous confronterons enfin la performance aux grandes catégories anthropologiques, dont, entre autres, la gestion de l’espace, celle du temps, celle de la sociabilité.

      Le but est bien de poursuivre des réflexions de synthèse, réflexions à vrai dire déjà amorcées par d’autres, mais que la pratique elle-même, son effervescence, sa profusion, oblige toujours davantage à renouveler.

Programme
 
Mardi 24 mai INHA : 9h 15 - 13 H
Salle Walter Benjamin, 2 rue Vivienne, Galerie Colbert, 75002 Paris.

 

9 h 15 : Introduction Christian Biet (Université Paris Ouest-Nanterre),

 Georges Vigarello (Centre Edgar Morin- EHESS/CNRS)

9 h 30 : Jean Marie Pradier ( Université Paris VIII, Ethnoscénologie) :

« Le retour de la performance, ou la reconnaissance de l'action. 

 10 h : Nicole Revel (CNRS, Anthropologie) : « Théâtralisation de la seule voix : chanter l’épopée, trois styles ( Asie du Sud-Est) »

10 h 30 : Caterina Pasqualino (CNRS/IIAC EHESS, Anthropologie) : « La voix rauque dans des univers culturels différents »

11 h : Pause

11 h 15 – 13 h : Interventions des étudiantes de doctorat (Marielle Pelissero, Marie-Laure Delaporte, Alicjia Binder, Esther Gouarné, Paris Ouest Nanterre) et débat avec Richard Schechner (Université de New York) et Itzhak Golberg  (Université Paris Ouest-Nanterre, Histoire de  l’art) : Définitions de la performance ? Pourquoi et comment définir la notion de performance ?

 

Mercredi 25 mai EHESS 14 h - 17 h 30

Salle D. Lombard, 96 bd Raspail, 75006 Paris

 

14 h : Introduction Sylvie Roques (Centre Edgar Morin), Georges Vigarello (Centre Edgar Morin)

14 h 15 : Joseph Danan (Université Paris 3, Théâtre) : « Ecriture dramatique et performance »

14 h 45 : Antonio Casilii (Centre Edgar Morin EHESS, Sociologie) : « Performativité et mise en scène du corps dans les réseaux sociaux d'Internet »

15 h 15 : Rafael Mandressi ( CNRS, Histoire des sciences) : « Le corps des savants : sciences, histoire, performance »

15 h 45 : discussion avec Richard Schechner (Université de New York).

16 h 15 : pause

16 h 30 : Yann Marussich (Genève, performer) : « Expériences de l’immobilité »

17 h 15 : Georges Vigarello, Christian Biet, Sylvie Roques, commentaires sur les deux journées.

 

Contact : sroques@noos.fr



[1] Voir Innovation et performance, approches interdisciplinaires, dir. D. Foray et J. Mannesse, Paris, EHESS, 1999.

[2] F. Dupont, « Facere ludos. La fonction rituelle et l'écriture du texte dans la comédie romaine: un exemple, le pseudolus de Plaute », Colloque international, Genève, 27-29 novembre 2003.  

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